IAS 2013. Greffe de moelle osseuse

Qu’apprend-on sur la rémission pour l’infection à VIH ?
Publié le 09.07.2013.

Début juillet 2013, la présentation d'une étude de patients séropositifs au VIH, ne présentant plus de virus détectable aujourd'hui après une transplantation, s'est fait particulièrement remarquer.

Tout se passe à Boston, où 3 personnes vivant avec le VIH ont bénéficié d'une greffe de moelle osseuse dans le cadre du traitement de leur cancer. Un des patients est aujourd'hui décédé et les deux autres sont en rémissions pour leur cancer, ce qui était l'objectif de la greffe.

Plus inattendu, plus de 4 ans après la transplantation pour l'un et plus de 2 ans pour l'autre, les patients pourraient également être en état de rémission pour l'infection par le VIH. Une supposition qui ne pourra être confirmée que si le virus ne réapparait pas après un long temps d'arrêt de traitement.

Ici, le traitement antirétroviral a été poursuivit jusqu'à récemment (jusqu'à 15 semaines d'arrêt pour le premier patient). La décision d'arrêt a été prise « après de nombreuses analyses et discussions des équipes de chercheurs et soignants », précise Timothy Henrich (Division of Infectious Diseases of Brigham and Women's Hospital, Boston, Etats Unis), qui dirige ce travail et le présentait à Kuala Lumpur mercredi 3 juillet, en clôture d'une des prestigieuses sessions de « Late Breakers », pour faire durer le suspens...
 
La situation est différente que celle du « patient de Berlin » (K. Allers et al., Evidence for the cure of HIV infection by CCR532/32 stem cell transplantation Blood, Vol. 0, december 2010). En effet, la greffe qu'a reçu ce dernier présentait des cellules dépourvues de corécepteur CCR5, ce qui a empêché l'infection du nouveau système immunitaire.

Concernant ceux qui vont désormais s'appeler les « patients de Boston », les donneurs ne présentaient pas cette mutation rare et l'on ne peut pas attribuer l'absence de virus à la résistance des cellules à l'infection. En revanche, T. Henrich présente les analyses et observations suivantes : « une charge virale et un ADN-VIH indétectable, des CD4 haut et assez stables, une absence de réponse immunitaire spécifique au VIH, ce qui est également en faveur de l'absence de réplication virale, ainsi que des biopsies rectales ne permettant pas de détecter la présence de virus dans les tissus ».

Le chercheur ajoute que lorsque l'on recherche la présence d'anciennes cellules des patients celles-ci ont été quasiment totalement remplacées par les nouvelles. Ici, une très bonne « prise » de la greffe, avec un temps d'attente suffisamment important avant l'arrêt des antirétroviraux pour éliminer la réplication résiduelle pourrait avoir un rôle majeur.
Néanmoins, il n'est pas possible d'écarter l'éventuelle présence de virus dans des tissus difficiles à étudier (cerveau, foie). C'est pourquoi le suivi doit être fait sur plusieurs années.

Ainsi, T. Henrich souhaite rester prudent et averti que « l'interruption de traitement doit rentrer dans un cadre très précis » qu'il nomme ATI pour « Analytical Treatment Interruption».

Bien que la greffe de moelle osseuse ne puisse être une solution généralisable pour le VIH, compte tenu des risques élevée de l'intervention (mortelle dans 30% des cas) et de son coût, cette étude suscite beaucoup d'espoir et d'intérêt autour des informations qu'elle pourra apporter à la recherche pour l'éradication du VIH.