La recherche sur le VIH affectée par la Covid-19

En raison de la pandémie causée par le SarsCoV-2, la communauté scientifique s’est plongée dans une course aux vaccins et aux traitements, quitte à délaisser momentanément les projets en cours.
Publié le 20.03.2021.

L’apparition du Sars-CoV-2 rappelle étrangement le début des années 1980, époque de la découverte du VIH. Une infection dont on ne savait d’abord pas vraiment expliquer la cause et qui a créé un sentiment de peur au sein de la population. Sauf que le Sars-CoV-2 est bien différent du VIH, que ce soit par son mode d’action ou par son mode de transmission. En effet, bien qu’il s’agisse d’un virus à ARN, comme le VIH, il n’a pas la capacité de s’intégrer dans le génome humain et ne forme donc pas de réservoirs qui sont, rappelons-le, l’obstacle majeur à la guérison du VIH. Les récepteurs ciblés à la surface des cellules sont également différents et, enfin, tandis que le VIH se transmet dans un contexte particulier – lors de relations sexuelles ou de contact avec le sang –, le Sars-CoV-2 est beaucoup plus contagieux, car transmissible dans les gouttelettes d’air.

Une mobilisation massive des scientifiques

Les recherches sur ce nouveau virus, et la maladie qui l’accompagne, se sont développées à une vitesse incroyable, du jamais vu dans le monde scientifique. Mais cela n’aurait pas été possible sans les bases scientifiques bâties année après année grâce aux recherches menées sur d’autres virus, dont le VIH.

Que ce soit en immunologie, virologie, épidémiologie, sciences sociales…, tout le monde a pris part à l’effort pour lutter contre la Covid-19. De nombreux chercheurs, menant initialement des projets en lien avec le VIH, ont redirigé leurs recherches, en réponse notamment à l’appel à projets Flash mis en place par l’Agence nationale de la recherche. Cette initiative a permis de démarrer 44 projets dès le 26 mars 2020. Dans cette phase primaire de la pandémie, les projets étaient surtout tournés vers la compréhension du virus et de son mode d’infection. Des scientifiques bien connus dans le domaine de la recherche sur le VIH ont répondu à l’appel et ont obtenu un financement afin de mettre leur expertise à contribution. Parmi eux, le projet Mucolong, de l’équipe de Morgane Bomsel, institut Cochin (Paris), vise à étudier les interactions du Sars-CoV-2 avec les cellules de la muqueuse pulmonaire. Le projet AM-Cov-Path, de l’équipe de Roger Legrand, CEA de Fontenay-aux-Roses, a pour but d’établir un modèle d’infection chez des primates non humains afin d’aider au développement de traitements et de stratégies préventives. Ces deux chercheurs ont travaillé de longues années sur ces sujets appliqués au VIH.

Sidaction affirme son soutien

Pour les jeunes chercheurs, engagés dans un projet spécifique et pour une durée limitée, l’histoire est différente. Difficile pour eux de rediriger des travaux en cours. À cela se sont ajoutées les contraintes matérielles, à savoir la fermeture des laboratoires de recherche dits non essentiels pendant la période de confinement du 17 mars au 11 mai 2020. Dans ce contexte, Sidaction a révisé son soutien à certains jeunes chercheurs en leur accordant une prolongation financière afin qu’ils puissent mener à bien leur projet. En lien avec la situation actuelle, les appels à projets de Sidaction sont maintenant élargis aux thématiques VIH/ Sars-CoV-2, de façon à aider les futures études qui visent à analyser les retombées de la Covid-19 sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). L’arrivée de la Covid-19 a immédiatement soulevé des questions au sujet des PVVIH : seront-elles plus à risque ? Les symptômes seront-ils décuplés ? Comment prendre La recherche sur le VIH affectée par la Covid-19 ces patients en charge ? À l’heure actuelle, les données disponibles ne suggèrent pas un nombre plus élevé d’infections chez les PVVIH sans comorbidités. Il faut cependant prendre en compte la précarité de certaines d’entre elles, qui est un facteur déterminant dans l’exposition à l’épidémie. Les conditions de vie dans des logements parfois insalubres et suroccupés ont favorisé les cas d’infections, en plus des difficultés économiques qui ne permettent pas de se fournir en matériel de protection, comme les masques. En ce qui concerne les symptômes, il est encore trop tôt pour le dire. Ce type d’étude requiert un nombre suffisant de sujets à étudier et donc la mise en place de cohortes.

Poursuivre les recherches sur le VIH

En parallèle, les appels à projets propres au VIH ont été moins sollicités en 2020. Ce qui a eu une répercussion sur les avancées des recherches dans ce domaine, sans que ces dernières aient été à l’arrêt complet. Par exemple, le début d’année avait bien débuté en mars avec l’homologation par Santé Canada d’un traitement injectable de longue durée d’action, maintenant disponible dans tout le pays (sous les noms de Cabenuva® et Vocabria®). Ce traitement, qui est administré une fois par mois et remplace la prise quotidienne d’ARV, est destiné aux personnes ayant une suppression virale stable. En outre, début novembre 2020, l’Onusida a souligné l’importance des nouveaux résultats de l’étude HPTN 084, qui visait à tester l’efficacité du cabotégravir en PrEP injectable par rapport à la prise standard de TDF/FTC chez les femmes en Afrique. L’étude montre que l’injection de cabotégravir toutes les huit semaines est à 89 % plus efficace que la prise quotidienne de comprimés.

Des résultats encourageants et qui laissent entrevoir la possibilité de réduire le nombre d’infections de façon significative dans cette population hautement exposée. La pandémie de Covid-19 a chamboulé le monde de la recherche et notamment celui du VIH. Grâce à la mobilisation massive des scientifiques, les avancées ont été rapides. Et cela n’aurait pas été possible sans les technologies, les expertises et les méthodes développées ces dernières années. En retour, cette pandémie marque un tournant pour la recherche scientifique dans le domaine des maladies infectieuses, qui bénéficiera de toutes les choses apprises au cours de l’année 2020. Notamment, le besoin de moyens financiers et de coordination des efforts à toutes les étapes. Un challenge que devra relever le nouvel organisme public créé au 1er janvier 2021, rassemblant l’ANRS – dédiée à la recherche sur le sida et les hépatites virales – et le consortium REACTing de l’Inserm – dédié aux maladies infectieuses émergentes –, sans que cela soit au détriment des recherches sur le VIH.