Pour un plan de dépistage prolongé des enfants en Afrique

Un consortium de chercheurs de différents pays lance un appel pour un plan de dépistage prolongé des enfants nés de mères séropositives en Afrique, basé sur les résultats d’un travail de recherche soutenu par Sidaction dans le cadre du Fonds de dotation Pierre Bergé.
Publié le 09.12.2019.

Depuis 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande le traitement par antirétroviraux de toute femme enceinte et le traitement prophylactique des nourrissons durant douze semaines quand ils sont allaités. Cependant, si le nombre des nouvelles infections a diminué chez les enfants de 41% depuis 2010, il reste estimé à 160 000 pour l’année 2018 [1]. Ce nombre pourrait toutefois être sous-estimé dans la mesure où ne sont pas prises en compte les périodes d’exposition au virus par allaitement après l’âge de 18 à 24 mois.

Dans ce contexte, un consortium de chercheurs mené par Philippe Van de Perre et Nicolas Nagot, de l’université de Montpellier, a cherché à estimer la part des enfants infectés au cours de la période d’allaitement après des premiers résultats de dépistage négatifs à l’âge d’un an. Ils publient ce mois-ci les résultats de ce travail dans la revue The Lancet Global Health [2]. Ils ont pu dépister une part des enfants ayant participé à un essai randomisé de prévention de la transmission par allaitement mené au cours de années 2009 – 2012 dans quatre pays (Afrique du Sud, Burkina Faso, Ouganda et Zambie), comparant l’efficacité de deux stratégies antirétrovirales (lamivudine versus lopinavir-ritonavir) [3]. Ces enfants ont été dépistés à nouveau au cours de leur cinquième ou sixième année. Sur les 562 enfants qu’ils ont pu retrouver, huit (deux par pays) ont eu un résultat positif, soit un taux global de transmission du VIH de 1,4%. Ce taux varie selon les pays : 2% au Burkina Faso, 1,7% en Afrique du Sud et en Ouganda et 1,1% en Zambie. Par extrapolation, ces chercheurs estiment que ce seraient 14 200 enfants en Afrique du Sud, 790 au Burkina Faso, 10 200 en Ouganda et 4 300 en Zambie qui auraient acquis le VIH après l’âge d’un an sur la période 2009-2013. Au niveau du continent, ils estiment que cela pourrait concerner 94 500 enfants.

Les auteurs de l’article rappellent par ailleurs que la moitié des mères quittent les programmes de prévention de la transmission verticale du VIH après six mois de suivi et que les enfants sortant de ces programmes à l’âge de deux ans sont estimés à tord exempts d’exposition future au VIH. Au regard des résultats qu’ils obtiennent, ils recommandent que le dépistage soit répété jusqu’à la fin de l’allaitement, à l’occasion de tout contact avec le système de santé, et que le résultat soit noté dans le carnet de santé de l’enfant.

  

1 ONUSIDA, Statistiques mondiales sur le VIH en 2018, Fiche d'information – mise à jour mondiale sur le sida 2019

2 Molès JP et al., A new plan for extended paediatric HIV testing is needed in Africa, The Lancet Global Health, 2019

3 Nagot N et al., Extended pre-exposure prophylaxis with lopinavir–ritonavir versus lamivudine to prevent HIV-1 transmission through breastfeeding up to 50 weeks in infants in Africa (ANRS 12174): a randomised controlled trial, The Lancet, 2016