VIH-VHC, un état des lieux

La coinfection VIH-VHC sur le devant de la scène
Publié le 16.07.2013.
Le Dr Karine Lacombe, clinicienne et chercheuse à l'hôpital Saint Antoine et à l'Université Pierre et Marie Curie, Paris VI, a présenté mercredi 3 juillet à Kuala Lumpur, le dernier exposé en séance plénière de la conférence de l'IAS. Un état des lieux brillant sur l'histoire et l'actualité de l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) chez les personnes vivant avec le VIH.
 

« Le VIH et le VHC ont une histoire liée » a commencé le Dr Lacombe. Ils ont une pathogénèse complexe et les deux virus partagent une même voie de transmission par l'échange de sang (même si ce n'est pas la seule pour le VIH), principalement par le biais de l'utilisation de drogues par voie intraveineuse ou de pratiques médicales dangereuses (utilisation de matériel médical usagé, transfusion de sang contaminé). En outre, une part de leurs épidémies respectives est cachée, avec des personnes qui ignorent leurs séropositivités au VIH ou au VHC. Ce qui est un problème majeur par rapport aux conséquences graves de l'infection sur le long terme et pour la prévention de la transmission.
 
Ce sont des épidémies mondiales : environs 34 millions de personnes qui vivent avec le VIH dans le monde, 185 millions avec le VHC et entre 4 et 5 millions de personnes coinfectés par les deux virus.
 

Depuis le début des années 90, des programmes de réduction des risques basés sur l'échange de seringues ont été progressivement mis en œuvre avec succès dans différents pays occidentaux. « La diminution du nombre d'utilisateurs actifs de drogues injectables a été accompagnée par une diminution du nombre de nouveaux patients co-infectés VIH-VHC et particulièrement par la baisse de la prévalence du VIH chez les usagers de drogues », rappelle K. Lacombe. Ce qui est en contraste avec l'augmentation des cas de coinfiection observée dans les pays n'ayant pas mis en place ces programmes, comme des pays de l'Europe de l'Est.
 

La chercheuse a également présenté les derniers résultats de recherche sur la coinfection. Par exemple, la démonstration du fait que des cellules du foie peuvent être infectées par le VIH (Tuvama et. al Hepatology, 2010), ou, le constat du déficit en cellules NK (Natural Killer), ayant une activité anti-fibrose, chez les personnes vivant avec le VIH (Glassner et. al, Hepatology, 2013). Des éléments qui aggravent et accélèrent la progression de la fibrose hépatique cher les patients coinfectés.
 
« L'objectif dans la lutte contre le VHC est aujourd'hui la généralisation de la guérison et l'éradication » a souligné le Dr Lacombe. Une ambition envisageable, parce qu'il est possible de guérir du VHC grâce au développement de nouvelles molécules visant la réplication du virus (voir l'article sur le retour de la CROI 2013, Transversal 68). Plusieurs options sont à l'étude, en complément ou en alternative du traitement actuel, l'interféron, qui présente l'inconvénient d'avoir de nombreux effets indésirables.
 
Enfin, les défis qu'il reste à relever ont été déclinés à l'IAS. Ainsi, il est prioritaire de tout mettre en œuvre pour empêcher les nouvelles infections et améliorer ou mettre en place de nouveaux programmes d'échange de seringues ; mais aussi d'envisager une mise à disposition de traitements préventifs de l'infection à VHC pour les usagers de drogues (Durier et. al, Plos One, 2012). De plus, sécuriser les soins hospitaliers est primordial, notamment dans les pays à ressources limités, pour éliminer la transmission nosocomiale du VHC qui demeure un véritable risque dans certaines régions. Au niveau des espoirs portés par les chercheurs, la recherche vaccinale contre le VHC se poursuit.
 
 
La place donnée à cette présentation sur la coinfection VIH-VHC, en plénière à l'IAS, est clairement corrélée avec l'arrivée de nouveaux médicaments anti-VHC très puissants, la prise en compte de l'ampleur de l'épidémie d'hépatite C et de son lien avec le VIH. Une lutte contre le VHC qui est en plein développement, à suivre...