RECHERCHE Sciences sociales - Sociologie

Le transfert de technologie du Brésil au Mozambique pour la production locale d’antirétroviraux génériques
Jeunes Chercheurs

FINANCEMENT

Porteur du projet : Alila BROSSARD ANTONIELLI
Responsable Scientifique : Maurice CASSIER 
Laboratoire : CNRS UMR 8211/INSERM U 988 - Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale et Société - CERMES 3
VILLEJUIF - Ile-de-France
Montant : 30 730 € - Durée : 12 mois
 

RESUME

En 2003, le Brésil fort de son expérience de fabrication d’antirétroviraux (ARV) génériques dans ses laboratoires publics signe un accord avec le Mozambique pour le soutenir dans la création d’une usine d’état pour la fabrication locale de médicaments génériques. Né de la rencontre, à la fin des années 1990, du succès international du programme brésilien de traitement gratuit du VIH/Sida et de l’urgence de l’accès aux traitements à coûts réduits en Afrique subsaharienne, ce projet reflétait une vision politique de la santé comme fondement stratégique du développement. L’objectif affiché est de fournir à ce pays fortement touché par le VIH et très dépendant de l’aide internationale, un instrument de santé publique pour garantir le traitement de sa population.
 
Suite à d’importantes contraintes financières et bureaucratiques, l’usine dénommée Société Mozambicaine du Médicament (SMM) ne sera inaugurée qu’en 2012. La production de l’ARV Nevirapine a eu lieu en 2013, mais sera restreinte à un lot pilote. En effet, la même année le Ministère de la Santé mozambicain (MISAU) adopte les nouvelles recommandations de traitement du VIH/sida de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), priorisant les traitements à dose fixe combinée de nouveaux ARV brevetés. Par ailleurs, le MISAU ne pourrait pas acheter les ARV fabriqués par la SMM. Les traitements distribués dans le pays sont achetés par les bailleurs de fonds internationaux aux firmes pharmaceutiques indiennes, certifiées par les standards de préqualification de l’OMS. La SMM et ses partenaires brésiliens se retrouvent ainsi face à un paradoxe : créée pour diminuer la dépendance du Mozambique des importations d’ARV, cette industrie naissante est incapable d’accomplir sa mission fondatrice du fait des changements des normes et pratiques opérés par les acteurs transnationaux de la santé dans le champ du traitement et de l’approvisionnement des ARV en Afrique.
 
La présente recherche a pour objectif de décrire et analyser les étapes politiques et techniques, les discours et pratiques en œuvre, de la négociation à la mise en place de cet ambitieux projet de la coopération sudsud brésilienne en santé. La méthodologie employée se base sur des entretiens et observations qualitatives et l’analyse d’archives diplomatiques et de rapports officiels de la coopération brésilienne. En interrogeant la production locale d’ARV au Mozambique, nous essaierons de montrer les enjeux pour une nouvelle économie politique du médicament.
 

Année

2018